Grande figure du football suisse et du journalisme international , ancien collaborateur de Miroir du football, compagnon de route de feu François Thébaud, fondateur avec feu Eugène Njo Léa du syndicat des footballeurs professionnels françiais (UNFP), ami de l'Afrique, celui qui conjuguait de multiples talents (orfèvre, footballeur, entraîneur, homme de prese) est décédé hier, mercredi 13 mai dans une clinique de Lausanne à la suite d'une longue maladie. Il avait 76 ans.
" Un géant qui est parti. Pas un géant de Hollywood – encore que son noble visage d’Indien aurait pu lui valoir là-bas de grands rôles –, mais un géant d’ici, dont le rayonnement a largement dépassé les frontières de ce pays. Les anciens, les gens qui étaient des spectateurs dans les stades des années 50 et 60, savent quel footballeur Norbert a été au Lausanne-Sport, au Stade Français, à l’Olympique de Marseille, à Servette et en équipe nationale. En un temps où les joueurs suisses appelés par les clubs étrangers étaient rares, Norbert et son ami, son complice, son petit frère Philippe Pottier étaient devenus des étoiles. Des étoiles suisses dans le ciel de Paris, des étoiles offrant, par leur savoir si fertile, ce bonheur universel propre au football lorsqu’il est un jeu animé par des artistes certes talentueux, mais qui ont la passion de leur métier.
La précision de l’orfèvre. Les plus jeunes, ceux qui n’ont pas vu jouer Norbert Eschmann, doivent savoir aujourd’hui qu’il fut un footballeur pétri de technique fine et d’exigence sans cesse active, un joueur qui voulait et savait placer dans chaque passe qu’il effectuait en direction de quelqu’un d’autre, sur le terrain, toute la précision et l’imagination de l’orfèvre qu’il avait été dans son premier métier. Car, pour Norbert, une passe réussie était un geste de respect envers l’autre, oui, une simple passe avec un simple ballon était pour lui quelque chose qu’il voulait aussi juste que les vers d’un poème, ou que le mot qui change une phrase et lui donne tout son sens. Car le football, pour lui, était en fait l’empreinte de la vie.
Les phrases, justement, parlons-en! Norbert a travaillé avec ses mains (orfèvre donc), puis avec ses pieds (footballeur). Une fois sa carrière de joueur professionnel terminée, il allait montrer qu’il pouvait aussi – et comment! – la gagner avec son esprit, avec sa tête. Il devint journaliste, à 24 heures, puis, rapidement, chef de la rubrique sportive et, à ses côtés, quelques journalistes vécurent des années de vrai bonheur créatif. Dans ses écrits, toujours, une petite musique bien à lui. L’image, l’idée, la même vie qu’il donnait au ballon, il la donnait aux mots. Et si, sur le terrain, une passe ou un dribble faisait avancer vers le but, l’image, l’idée, le mot éclairaient, pour les lecteurs, ce que Norbert avait vu pour eux sur les terrains de football, dans les salles de boxe, du monde entier.
Sur ces terrains, dans ces salles, il humait la sueur, le poids des coups, la grâce des gestes, et derrière la sueur, les coups, la grâce, il humait les vies qui avaient mené sur ces stades et sur ces rings les hommes qui tentaient d’y grandir, mais si souvent d’y vivre et d’y survivre. Il le savait bien. Et il le contait si bien, comme il contait parfois avec un humour phénoménal chaque battement de cœur de sa vie.
Jouer, toujours jouerIl aurait pu en rester là. Goûter une vie sereine de journaliste renommé, estimé, influent, une vie d’ancien grand joueur – «les Seigneurs de la nuit», à la grande époque de la Pontaise –, salué dans la rue, mais non. La passion du ballon, donc du jeu, donc de la vie, était en lui. Norbert, jamais, n’a cessé de jouer. Avec des amis aux caractères bien costauds, des amis habités par le goût du beau football, du football qui ressemble à quelque chose, du football que l’on construit pour être plus heureux, Norbert Eschmann avait bâti le Lausanne Université Club. Il est sans doute, soit dit en passant, le seul joueur à avoir évolué dans toutes les ligues de ce pays, de la 5e à l’équipe nationale! Et quand il arrêta de jouer dans les petites ligues, dans la vraie compétition, il inventa avec les mêmes amis un peu plus gris, un peu plus lents, mais toujours tellement amis, d’innombrables petits matches auxquels il participait encore il y a quelques semaines, entre les chimios et les traitements qu’il dribbla longtemps avant d’enfin se reposer pour toujours.
Dans ces petits rendez-vous entre potes, la même volonté de jouer juste, de construire, de respecter le collectif, de conseiller, de faire progresser les autres, mais aussi la même volonté de gagner, comme si à chaque début de match une nouvelle vie recommençait. Et avec cela, cette merveilleuse mauvaise foi historique, incomparable, qui nous manque déjà, à nous ses amis petits footballeurs de rien du tout qui restons là, les jambes flageolantes, sans lui pour mettre un terme au petit match juste au moment où nous allions marquer, contre son équipe, le but égalisateur.
Norbert voulait jouer, gagner. Il n’a pas perdu en mourant hier, paisiblement. Quelle belle vie a eue, Norbert, une vie tissée de talents, d’amitiés, de succès, de passion. Savez-vous, jeunes gens, que, un jour en Angleterre, avec Lausanne-Sport, en Coupe d’Europe, Norbert tenta une bicyclette, marqua le but, splendide, mais s’assomma en retombant. Le stade tout entier, 30 000 personnes, resta debout à l’applaudir jusqu’à son réveil, deux minutes plus tard. Norbert ne se réveillera pas, mais les applaudissements viennent de reprendre.'" (Philippe DUBATH, 24 heures, Lausanne)
"C'était un homme de débats, d'idées. Que d'arguments, que de bon sens! Et dans les débats, dans la vie et sur le terrain, Norbert était un homme de talent et de fair-play. Il va me manquer", a déclaré le président de la FIFA, Sepp Blatter.
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jeudi 14 mai 2009
mercredi 13 mai 2009
Le match Rock-Gnofame
Le fantasque président de la Fédération togolaise de football (FTF), Rock Balakyèm Gnassingbé (de retour au pouvoir après une année de purgatoire) n'a pas changé de méthode : il gère la FTF comme sa propre entreprise, décide de tout et ne rend aucun compte aux autres membres du bureau fédéral. Et ce au grand dam de son vice-président Mawulawoe Ameyi Komla Kuma. M. Ameyi avait été, en 2007, occupé le même poste. Il n'avait eu cesse de comploter contre le président élu de l'époque, Tata de Mass Avlessi et avait participé à moult tentatives de déstabilisation. Ses manoeuvres de blocage avaient fini par provoquer l'intervention de la FIFA qui décida de l'organisation de nouvelles élections. Ameyi rallia le camp de ...Rock Gnassingbé qui fut réélu le 18 janvier dernier dans les conditions que l'on sait (voir sur le blog le message Histoire d'Epervier). Aujourd'hui, Ameyi marginalisé boit le calice jusqu'à la lie. Il a tout loisir de méditer sur la gratitude humaine.
Rock, patron de la FTF, n'entend pas en resterlà. Le voilà qui se lance dans la bataille du Comité national olympique togolais (CNOT). Cette instance s'apprête à organiser fin mai une assemblée générale élective. Le président sortant, le général Zoumaro Gnofame est candidat à sa propre succession et fait alliance avec Tata Avlessi qui vise la 1ère vice-présidence. Mais Rock de lancer contre Gnofame, son propre poulain, Auguste Dogbo, président de la Fédération togolaise de handball.
Aux lendemains du Mondial 2006, une guéguerre avait opposé Rock et Gnofame. Le colonel Gnassingbé s'en était alors pris à son aîné de général qui avait "relevé les tares dont avait fait preuve le président de la FTF dans sa gestion de la campagne du Mondial en Allemagne". Rock ne vit que du rouge et accusa Gnofame de le déstabiliser pour lui faire perdre la présidence de la FTF. " Nourrissant, écrit Liberté Hebdo du 16 août 2006, une haine viscérale contre son supérieur hiérarchique, Rock proférait régulièrement des menaces et intimidations à son encontre". Le président du CNOT renforça sa garde rapprochée et porta l'affaire devant les officiers supérieurs des Forces Armées togolaises (FAT). Une confrontation eut lieu à la Présidence. Elle donna lieu à un face-à-face houleux entre Rock et Gnafame. Une seconde se tint , cette fois-ci, entre les officiers de la Préfecture de Bassr et le général Gnofame. Le président du CNOT nia toute velléité de déstabilisation et réaffirma sa fidélité aux Gnassingbé. L'affaire en resta là. Le 9 janvier 2007, Rock était évincé de la présidence de la FTF au profit de...Tata Avlessi.
Il a, le 18 janvier, récupéré son poste. Son frère de Président du Togo, Faure Gnassingbé, le laissera-t-il pousser Gnofame à la sortie?
Rock, patron de la FTF, n'entend pas en resterlà. Le voilà qui se lance dans la bataille du Comité national olympique togolais (CNOT). Cette instance s'apprête à organiser fin mai une assemblée générale élective. Le président sortant, le général Zoumaro Gnofame est candidat à sa propre succession et fait alliance avec Tata Avlessi qui vise la 1ère vice-présidence. Mais Rock de lancer contre Gnofame, son propre poulain, Auguste Dogbo, président de la Fédération togolaise de handball.
Aux lendemains du Mondial 2006, une guéguerre avait opposé Rock et Gnofame. Le colonel Gnassingbé s'en était alors pris à son aîné de général qui avait "relevé les tares dont avait fait preuve le président de la FTF dans sa gestion de la campagne du Mondial en Allemagne". Rock ne vit que du rouge et accusa Gnofame de le déstabiliser pour lui faire perdre la présidence de la FTF. " Nourrissant, écrit Liberté Hebdo du 16 août 2006, une haine viscérale contre son supérieur hiérarchique, Rock proférait régulièrement des menaces et intimidations à son encontre". Le président du CNOT renforça sa garde rapprochée et porta l'affaire devant les officiers supérieurs des Forces Armées togolaises (FAT). Une confrontation eut lieu à la Présidence. Elle donna lieu à un face-à-face houleux entre Rock et Gnafame. Une seconde se tint , cette fois-ci, entre les officiers de la Préfecture de Bassr et le général Gnofame. Le président du CNOT nia toute velléité de déstabilisation et réaffirma sa fidélité aux Gnassingbé. L'affaire en resta là. Le 9 janvier 2007, Rock était évincé de la présidence de la FTF au profit de...Tata Avlessi.
Il a, le 18 janvier, récupéré son poste. Son frère de Président du Togo, Faure Gnassingbé, le laissera-t-il pousser Gnofame à la sortie?
jeudi 7 mai 2009
Les voyous du stade : Drogba comme Zidane (1)
"Personne ne sait quelle a été la dernière action de Pelé sur le terrain. Ou celle de Beckenbauer ou de Maradona. Mais la dernière action du footballeur Zidane, tout le monde s'en souvient" affirmait le célèbre écrivain berlinois Thomas Brussig, quelques semaines après la Coupe du monde 2006. Il faisait allusion au "célèbre" coup de tête que Zidane avait, lors de la finale France - Italie, asséné au défenseur azzuri Marco Materazzi qui l'aurait insulté.
On pourrait parodier Thomas Brussig et affirmer, après la demi-finale de la Ligue des champions d'Europe, Chelsea - FC Barcelone, disputée le 6 mai à Stamford Bridge, à Londres que : " La dernière action du footballeur Drogba, tout le monde s'en souvient!"
En effet, sous le regard de centaines de millions de téléspectateurs, l'attaquant de Chelsea - sorti par son entraîneur à la 72è minute du match - s'est, au coup de sifflet final, élancé du banc de touche et a foncé vers l'arbitre norvégien Tom Henning Ovrebo. Gesticulant comme un fou, il a déversé - en direct devant les caméras de la chaîne Sky - un torrent d'insultes sur l'homme en noir : "C'est une putain de honte! C'est une putain de honte!" Il récolta un carton jaune . N'était-ce l'intervention musclé des stewards, M. Ovrebo aurait été molesté de coups. Repoussé une première fois, Drogba est revenu à la charge et il a fallu que le coach de Chelsea, Guus Hiddink se décide à retenir l'Ivoirien pour que les insultes ne se transforment en agression physique.
Comme tout maître-entraîneur ulcéré par l'échec de sa stratégie (Chelsea qui mena par 1-0, fut rejoint durant le temps additionnel par Barcelone 1-1 et éliminé), le sieur Hiddink (il avait concocté au match -aller une tactique ultra-défensive repoussoir) ne s'est pas privé de jouer les tartuffe : "Je comprends Didier, sa réaction est humaine!" Pan sur le bec.
On aurait cru entendre les pères fouettards au moralisme obtu qui avaient absous, en juillet 2006, Zidane dont ils avaient compris - tiens, tiens - la "réaction humaine"!
Rappelons-le pour ceux qui l'auraient oublié que Didier Drogba avait eté expulsé lors de la finale 2008 de la Ligue des champions , Manchester -Chelsea comme il l'avait été, en huitième de finale de la même compétition, face à ...Barcelone en 2005!
Les amoureux du foot et du sport auraient espéré qu'à la fin du match, Didier Drogba se levât pour aller féliciter son compatriote et coéquipier chez les Eléphants , Yaya Touré Gnéri et ses n 'frères" africains, le Malien Seydou Keita et le Camerounais Samuel Eto'o, tous trois vainqueurs avec Barcelone. Mais, Monsieur Drogba a choisi de s'en prendre à l'homme en noir comme un vulgaire mauvais perdant. Sans aucune circonstance atténuante. Pour la vedette multimillionnaire, quelle démonstration "pédagogique" à l'intention de tous ses jeunes admirateurs en Afrique et dans le monde!
La "voyoucratie des pelouses" a récupéré, après Zidane, un autre membre de top-niveau. Vive la Drogbamania!
On pourrait parodier Thomas Brussig et affirmer, après la demi-finale de la Ligue des champions d'Europe, Chelsea - FC Barcelone, disputée le 6 mai à Stamford Bridge, à Londres que : " La dernière action du footballeur Drogba, tout le monde s'en souvient!"
En effet, sous le regard de centaines de millions de téléspectateurs, l'attaquant de Chelsea - sorti par son entraîneur à la 72è minute du match - s'est, au coup de sifflet final, élancé du banc de touche et a foncé vers l'arbitre norvégien Tom Henning Ovrebo. Gesticulant comme un fou, il a déversé - en direct devant les caméras de la chaîne Sky - un torrent d'insultes sur l'homme en noir : "C'est une putain de honte! C'est une putain de honte!" Il récolta un carton jaune . N'était-ce l'intervention musclé des stewards, M. Ovrebo aurait été molesté de coups. Repoussé une première fois, Drogba est revenu à la charge et il a fallu que le coach de Chelsea, Guus Hiddink se décide à retenir l'Ivoirien pour que les insultes ne se transforment en agression physique.
Comme tout maître-entraîneur ulcéré par l'échec de sa stratégie (Chelsea qui mena par 1-0, fut rejoint durant le temps additionnel par Barcelone 1-1 et éliminé), le sieur Hiddink (il avait concocté au match -aller une tactique ultra-défensive repoussoir) ne s'est pas privé de jouer les tartuffe : "Je comprends Didier, sa réaction est humaine!" Pan sur le bec.
On aurait cru entendre les pères fouettards au moralisme obtu qui avaient absous, en juillet 2006, Zidane dont ils avaient compris - tiens, tiens - la "réaction humaine"!
Rappelons-le pour ceux qui l'auraient oublié que Didier Drogba avait eté expulsé lors de la finale 2008 de la Ligue des champions , Manchester -Chelsea comme il l'avait été, en huitième de finale de la même compétition, face à ...Barcelone en 2005!
Les amoureux du foot et du sport auraient espéré qu'à la fin du match, Didier Drogba se levât pour aller féliciter son compatriote et coéquipier chez les Eléphants , Yaya Touré Gnéri et ses n 'frères" africains, le Malien Seydou Keita et le Camerounais Samuel Eto'o, tous trois vainqueurs avec Barcelone. Mais, Monsieur Drogba a choisi de s'en prendre à l'homme en noir comme un vulgaire mauvais perdant. Sans aucune circonstance atténuante. Pour la vedette multimillionnaire, quelle démonstration "pédagogique" à l'intention de tous ses jeunes admirateurs en Afrique et dans le monde!
La "voyoucratie des pelouses" a récupéré, après Zidane, un autre membre de top-niveau. Vive la Drogbamania!
vendredi 1 mai 2009
Histoire d'Epervier...
Jeudi 23 avril, le site de la FIFA affiche une image pour le moins insolite : Rock Balakiyem Gnassingbé, le président de la Fédération togolaise de football (FTF) tout hilare posant aux côtés de Joseph S. Blatter et Jérôme Valcke, respectivement président et secrétaire général de l'instance faîtière du football. Le colonel Rock visitait le siège de la FIFA à Zurich. Et il voulait remercier ses hôtes pour leur " action dans la résolution de la crise du football togolais".
L'image incongrue a dû choquer plus d'un sportif togolais et surtout tous ceux qui n'ont pas la mémoire courte. Tous ceux qui se souviennent de la campagne de l'équipe du Togo au Mondial 2006 et des frasques de Rock Gnassingbé en Allemagne. Frasques qui avaient, à l'époque, suscité l'ire des décideurs de la FIFA. " Et si c'était lui, écrivait Stéphane Regy, dans le quotidien parisien Libération , daté du 19 juin 2006, la vraie star de ce premier tour de Coupe du monde? Rock Gnassingbé, président omnipotent de la FTF, est à la base d'un des plus gros bordels jamais vus dans un tournoi de cette envergure : la démission d'un coach avant même le premier match de son équipe, puis sa réintégration, et enfin sa démolition en règle devant la presse. Petit rappel des faits : qualifiés cette année pour leur premier Mondial, les Eperviers togolais souhaitent négocier leurs primes, mais Gnassingbé refuse de transiger et leur fait une offre ridicule. Solidaire de son équipe, le coach allemand, Otto Pfister, démissionne avant le premier match, en signe de protestation. (...), Rock lâcha les chevaux, traitant publiquement Pfister d'"incompétent" et... "d'alcoolique"!"
" Alors, un fou, ce Gnassingbé? Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne fait pas l'unanimité chez lui. " Tout le monde veut sa tête, au Togo. Les Eperviers sont à la Coupe du monde, d'accord, mais ce sont les joueurs qui ont réalisé l'exploit, pas lui. En revanche, le fiasco actuel est sa responsabilité" explique Evelyn Gbenyedji, rédactrice en chef de La Gazelle , magazine sportif local. Rock est intouchable? Particulièrement bien né, il en effet rien de moins que le frère du président actuel du pays, Faure Gnassingbé, et, surtout, le fils de l'illustre Eyadéma, ex-président-dictateur, mort en 2005 après un long règne de trente-huit ans. C'est d'ailleurs papa Eyadéma qui lui avait donné son poste de président de Fédération de football en 1999. Le problème, c'est que l'intéressé l'occupe n'importe comment. " Rock gère la fédération comme son entreprise, le trésorier ne voit pas la couleur des chèques", se désole l'ancien ministre des Sports, Horatio Freitas."
" Rock Gnassingbé n'est donc pas doué pour occuper sa fonction, ça ne fait guère de doute. Il n'aime que le foot, le reste, il s'en fout. La politique, il s'en cogne. L'économie, pareil. Militaire de formation, colonel de grade, Rock n'aime pas en réalité la compagnie des humains, à qui il préfère les animaux. A Lomé, on raconte ainsi qu'il passe beaucoup de temps dans les élevages de rats et de lapins qu'il a fait éifier à la campagne. "C'est une personne bizarre, confirme Evelyn Gbenyedji. Il est instable." Caricature du dirigeant à l'africaine comme on ne pensait plus pouvoir en croiser, type un peu largué..."
En Allemagne, la "guerre des primes" ne fut pas étrangère au fiasco sportif des Eperviers. Le 16 juillet 2006, quatre membres de la FTF démissionnaient et dénonçaient "l'improvisation, l'impréparation et l'amateurisme" au sein de cette instance. La FIFA réagit. Elle dépêcha une mission d'inspection composée de MM. Jan Peters et Slim Aloulou avant d'ordonner l'organisation d'élections statutaires.
Lomé, 9 janvier 2007, l'homme d'affaires Tata Adaglo Avlissi bat nettement le colonel Rock (24 voix contre 8) et accède à la présidence de la FTF. Pour l'observateur de la FIFA, Jan Peters : " le vote fut d'une transparence complète et totale".
Mais sitôt installé, Tata Avlessi se heurte à l'hostilité du vice-président Mawulawoe Ameyi Komla Kuma, du secrétaire général, Espoir Komlan Assogbi et du trésorier Tino Adjete ainsi qu'à celle du lobby militaro-sportif proche de la famille Eyadema. Deux mois après son élection, Tata Avlessi est accusé, sans preuve, par la CAF d'avoir soudoyé un arbitre lors du championnat d'Afrique des moins de 17 ans. Il est suspendu puis radié à vie. Il saisit le Tribunal arbitral du sport (TAS) qui, le 11 mars 2008, le blanchit, le réhabilite et annule toutes les sanctions de la CAF.
La FIFA rétablit Tata Avlessi dans ses droits. Mais le clan Ameyi-Assogbavi-Adjete et les gradés du ballon ne désarment pas. Ils multiplient les manoeuves de blocage, téléguident une fronde des Eperviers contre le président élu de la FTF. Celle-ci devient ingouvernable. La FIFA est contrainte d'intervenir et le 21 octobre, à Zurich, elle reçoit Tata Avlessi et une délégation officielle togolaise. La décision est prise d'organiser le 18 janvier de nouvelles élections.
Le 18 janvier à Lomé, on reprend les mêmes et on recommence. Le nouvel processus électoral établi par la FIFA aborde son ultime étape : l'élection du nouveau président de la FTF. Un scrutin que supervisent les incontournables Jan Peters et Slim Aloulou. Trois listes conduites respectivement par Tata Avlissi, Winny Dogbatsé et...Rock Gnassingbé sont en piste et se soumettent au choix des 51 membres du corps électoral .
La candidature de Rock Gnassingbé - déposée hors délai, selon les médias de Lomé - a choqué tous les sportifs togolais. Beaucoup se souviennent de sa gestion calamiteuse des campagnes de la CAN et de la Coupe du monde 2006 : renvoi abusif de l'entraîneur Stephen Keshi, fronde des joueurs en Allemagne pour cause de guerre des primes, absence de transparence dans l'utilisation des fonds versés par la FIFA. On sait que les trois matchs disputés par les Eperviers au Mondial ont rapporté à la FTF la bagatelle de 2, 59 milliards FCFA. La FIFA chargea cle cabinet KPMG d'effectuer un audit des comptes de la FTF pendant le "règne" de Rock Gnassingbé. Elle n'aura accès à un aucun document comptable. Les résultats de l'audit sont inconnus à ce jour.
Patron des forces blindés togolaises et directeur -adjoint du port autonome de Lomé, Rock avait, dès janvier 2007 tourné le dos au football. Il entreprit, en décembre 2008, un retour en force avec le feu vert de son frère Faure, le soutien du président... gabonais Omar Bongo, du président de la CAF, Issa Hayatou et de certains membres du Comité exécutif de ...la FIFA.
Le pouvoir politique togolais par l'intermédiaire du ministre de l'Administration territoriale et des Collectivités locales, Pascal Bodjana organise la campagne de Rock et lui fournit la logistique de rigueur.
La veille du scrutin, les électeurs dont beaucoup sont des fonctionnaires de l'Etat sont regroupés dans un hôtel de Lomé et pratiquement "sequestrés". Ils sont soumis à forte pression. " Qui a a cru, peut-on lire le 30 janvier, sur le site togolais Le Rendez-vous, que Rock B. Gnassingbé reviendrait à la FTF après un triste séjour de 8 ans. (...) Il aura suffi d'entendre parler de 5 millions FCFA pour que les électeurs au dernier congrès de la FTF baissent l'échine. Toute honte bue, ils auraient vendu à crédit leur conscience à 5 millions FCFA. Mais l'acheteur n'a payé que 1, 3 million FCFA. Le reste est relégué aux calendes grecques. (...) Il faut dire que tout ceci n'est que le fruit de quarante années à l'école de la dictature du RPT (Rassemblement du peuple togolais). (...) La méthode a marché, Rock est revenu en brillot à la Fédé. Tata a plié bagage, mais les éternels fossoyeurs sont encore dans l'arène." Pour Liberté Tri-Hebdo , le retour de Rock à la tête de la FTF est "une surprise désagréable". Le Canard indépendant déplore "les méthodes de gestion du patron des blind"és lors de ses deux mandats qui n'ont pas convaincu les Togolais. (Et ceux-ci) doutent de sa capacité à mieux faire qu'avant. Sa gestion sans partage et son refus de présenter un bilan financier aux divers congrès organisés durant ses mandats constituent des sources réelles et justifiées d'inquiètude au sein de l'opinion nationale".
Comme de bien entendu, pour les observateurs internationaux, le scrutin du 18 janvier fut "transparent". A défaut d'être libre et démocratique. Mais qui s'en soucie?
Le 22 février, Rock fait démarrer le championnat national dans un désordre sans pareil. L'autorité de tutelle vole à son secours et fournit le nerf de la guerre : 13 clubs sur 16 recoivent chacun 10 millions FCFA. L'argent est déposé sur une table et Rock "Président de la République togolaise de football", sous les feux des projecteurs, remettait à chacun son lot. Le 28 mars, à Accra, la veille du match de Coupe du monde Togo - Cameroun, ce fut une nouvelle fronde des Eperviers qui réclamèrent leur prime du match Togo-Swaziland d'octobre 2008! Adebayor et ses coéquipiers sont conviés au Trésor Public pour toucher, des mains du ministre des Finances, Adji Ayassor, 2 millions de FCFA chacun! L'argent n'a pas transité par le président de la FTF. Le feuilleton Rock Gnassingbé continue.
Les leçons du retour au pouvoir du colonel Rock : la première, au Togo, comme partout ailleurs en Afrique, aucune institution sportive n'échappe pas au contrôle direct de l'autorité politique qui téléguide toute élection des dirigeants, choisit et impose ses candidats. Certes, l'organisation et le déroulement du scrutin peuvent être transparents, mais l'élection n'est jamais libre et encore moins démocratique. La politique du ventre en reste le moteur. La deuxième : on a tout loisir de gérer une fédération sportive comme sa propre entreprise, de ne rendre des comptes qu'à soi-même, l'impunité est garantie.
Faouzi Mahjoub
L'image incongrue a dû choquer plus d'un sportif togolais et surtout tous ceux qui n'ont pas la mémoire courte. Tous ceux qui se souviennent de la campagne de l'équipe du Togo au Mondial 2006 et des frasques de Rock Gnassingbé en Allemagne. Frasques qui avaient, à l'époque, suscité l'ire des décideurs de la FIFA. " Et si c'était lui, écrivait Stéphane Regy, dans le quotidien parisien Libération , daté du 19 juin 2006, la vraie star de ce premier tour de Coupe du monde? Rock Gnassingbé, président omnipotent de la FTF, est à la base d'un des plus gros bordels jamais vus dans un tournoi de cette envergure : la démission d'un coach avant même le premier match de son équipe, puis sa réintégration, et enfin sa démolition en règle devant la presse. Petit rappel des faits : qualifiés cette année pour leur premier Mondial, les Eperviers togolais souhaitent négocier leurs primes, mais Gnassingbé refuse de transiger et leur fait une offre ridicule. Solidaire de son équipe, le coach allemand, Otto Pfister, démissionne avant le premier match, en signe de protestation. (...), Rock lâcha les chevaux, traitant publiquement Pfister d'"incompétent" et... "d'alcoolique"!"
" Alors, un fou, ce Gnassingbé? Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne fait pas l'unanimité chez lui. " Tout le monde veut sa tête, au Togo. Les Eperviers sont à la Coupe du monde, d'accord, mais ce sont les joueurs qui ont réalisé l'exploit, pas lui. En revanche, le fiasco actuel est sa responsabilité" explique Evelyn Gbenyedji, rédactrice en chef de La Gazelle , magazine sportif local. Rock est intouchable? Particulièrement bien né, il en effet rien de moins que le frère du président actuel du pays, Faure Gnassingbé, et, surtout, le fils de l'illustre Eyadéma, ex-président-dictateur, mort en 2005 après un long règne de trente-huit ans. C'est d'ailleurs papa Eyadéma qui lui avait donné son poste de président de Fédération de football en 1999. Le problème, c'est que l'intéressé l'occupe n'importe comment. " Rock gère la fédération comme son entreprise, le trésorier ne voit pas la couleur des chèques", se désole l'ancien ministre des Sports, Horatio Freitas."
" Rock Gnassingbé n'est donc pas doué pour occuper sa fonction, ça ne fait guère de doute. Il n'aime que le foot, le reste, il s'en fout. La politique, il s'en cogne. L'économie, pareil. Militaire de formation, colonel de grade, Rock n'aime pas en réalité la compagnie des humains, à qui il préfère les animaux. A Lomé, on raconte ainsi qu'il passe beaucoup de temps dans les élevages de rats et de lapins qu'il a fait éifier à la campagne. "C'est une personne bizarre, confirme Evelyn Gbenyedji. Il est instable." Caricature du dirigeant à l'africaine comme on ne pensait plus pouvoir en croiser, type un peu largué..."
En Allemagne, la "guerre des primes" ne fut pas étrangère au fiasco sportif des Eperviers. Le 16 juillet 2006, quatre membres de la FTF démissionnaient et dénonçaient "l'improvisation, l'impréparation et l'amateurisme" au sein de cette instance. La FIFA réagit. Elle dépêcha une mission d'inspection composée de MM. Jan Peters et Slim Aloulou avant d'ordonner l'organisation d'élections statutaires.
Lomé, 9 janvier 2007, l'homme d'affaires Tata Adaglo Avlissi bat nettement le colonel Rock (24 voix contre 8) et accède à la présidence de la FTF. Pour l'observateur de la FIFA, Jan Peters : " le vote fut d'une transparence complète et totale".
Mais sitôt installé, Tata Avlessi se heurte à l'hostilité du vice-président Mawulawoe Ameyi Komla Kuma, du secrétaire général, Espoir Komlan Assogbi et du trésorier Tino Adjete ainsi qu'à celle du lobby militaro-sportif proche de la famille Eyadema. Deux mois après son élection, Tata Avlessi est accusé, sans preuve, par la CAF d'avoir soudoyé un arbitre lors du championnat d'Afrique des moins de 17 ans. Il est suspendu puis radié à vie. Il saisit le Tribunal arbitral du sport (TAS) qui, le 11 mars 2008, le blanchit, le réhabilite et annule toutes les sanctions de la CAF.
La FIFA rétablit Tata Avlessi dans ses droits. Mais le clan Ameyi-Assogbavi-Adjete et les gradés du ballon ne désarment pas. Ils multiplient les manoeuves de blocage, téléguident une fronde des Eperviers contre le président élu de la FTF. Celle-ci devient ingouvernable. La FIFA est contrainte d'intervenir et le 21 octobre, à Zurich, elle reçoit Tata Avlessi et une délégation officielle togolaise. La décision est prise d'organiser le 18 janvier de nouvelles élections.
Le 18 janvier à Lomé, on reprend les mêmes et on recommence. Le nouvel processus électoral établi par la FIFA aborde son ultime étape : l'élection du nouveau président de la FTF. Un scrutin que supervisent les incontournables Jan Peters et Slim Aloulou. Trois listes conduites respectivement par Tata Avlissi, Winny Dogbatsé et...Rock Gnassingbé sont en piste et se soumettent au choix des 51 membres du corps électoral .
La candidature de Rock Gnassingbé - déposée hors délai, selon les médias de Lomé - a choqué tous les sportifs togolais. Beaucoup se souviennent de sa gestion calamiteuse des campagnes de la CAN et de la Coupe du monde 2006 : renvoi abusif de l'entraîneur Stephen Keshi, fronde des joueurs en Allemagne pour cause de guerre des primes, absence de transparence dans l'utilisation des fonds versés par la FIFA. On sait que les trois matchs disputés par les Eperviers au Mondial ont rapporté à la FTF la bagatelle de 2, 59 milliards FCFA. La FIFA chargea cle cabinet KPMG d'effectuer un audit des comptes de la FTF pendant le "règne" de Rock Gnassingbé. Elle n'aura accès à un aucun document comptable. Les résultats de l'audit sont inconnus à ce jour.
Patron des forces blindés togolaises et directeur -adjoint du port autonome de Lomé, Rock avait, dès janvier 2007 tourné le dos au football. Il entreprit, en décembre 2008, un retour en force avec le feu vert de son frère Faure, le soutien du président... gabonais Omar Bongo, du président de la CAF, Issa Hayatou et de certains membres du Comité exécutif de ...la FIFA.
Le pouvoir politique togolais par l'intermédiaire du ministre de l'Administration territoriale et des Collectivités locales, Pascal Bodjana organise la campagne de Rock et lui fournit la logistique de rigueur.
La veille du scrutin, les électeurs dont beaucoup sont des fonctionnaires de l'Etat sont regroupés dans un hôtel de Lomé et pratiquement "sequestrés". Ils sont soumis à forte pression. " Qui a a cru, peut-on lire le 30 janvier, sur le site togolais Le Rendez-vous, que Rock B. Gnassingbé reviendrait à la FTF après un triste séjour de 8 ans. (...) Il aura suffi d'entendre parler de 5 millions FCFA pour que les électeurs au dernier congrès de la FTF baissent l'échine. Toute honte bue, ils auraient vendu à crédit leur conscience à 5 millions FCFA. Mais l'acheteur n'a payé que 1, 3 million FCFA. Le reste est relégué aux calendes grecques. (...) Il faut dire que tout ceci n'est que le fruit de quarante années à l'école de la dictature du RPT (Rassemblement du peuple togolais). (...) La méthode a marché, Rock est revenu en brillot à la Fédé. Tata a plié bagage, mais les éternels fossoyeurs sont encore dans l'arène." Pour Liberté Tri-Hebdo , le retour de Rock à la tête de la FTF est "une surprise désagréable". Le Canard indépendant déplore "les méthodes de gestion du patron des blind"és lors de ses deux mandats qui n'ont pas convaincu les Togolais. (Et ceux-ci) doutent de sa capacité à mieux faire qu'avant. Sa gestion sans partage et son refus de présenter un bilan financier aux divers congrès organisés durant ses mandats constituent des sources réelles et justifiées d'inquiètude au sein de l'opinion nationale".
Comme de bien entendu, pour les observateurs internationaux, le scrutin du 18 janvier fut "transparent". A défaut d'être libre et démocratique. Mais qui s'en soucie?
Le 22 février, Rock fait démarrer le championnat national dans un désordre sans pareil. L'autorité de tutelle vole à son secours et fournit le nerf de la guerre : 13 clubs sur 16 recoivent chacun 10 millions FCFA. L'argent est déposé sur une table et Rock "Président de la République togolaise de football", sous les feux des projecteurs, remettait à chacun son lot. Le 28 mars, à Accra, la veille du match de Coupe du monde Togo - Cameroun, ce fut une nouvelle fronde des Eperviers qui réclamèrent leur prime du match Togo-Swaziland d'octobre 2008! Adebayor et ses coéquipiers sont conviés au Trésor Public pour toucher, des mains du ministre des Finances, Adji Ayassor, 2 millions de FCFA chacun! L'argent n'a pas transité par le président de la FTF. Le feuilleton Rock Gnassingbé continue.
Les leçons du retour au pouvoir du colonel Rock : la première, au Togo, comme partout ailleurs en Afrique, aucune institution sportive n'échappe pas au contrôle direct de l'autorité politique qui téléguide toute élection des dirigeants, choisit et impose ses candidats. Certes, l'organisation et le déroulement du scrutin peuvent être transparents, mais l'élection n'est jamais libre et encore moins démocratique. La politique du ventre en reste le moteur. La deuxième : on a tout loisir de gérer une fédération sportive comme sa propre entreprise, de ne rendre des comptes qu'à soi-même, l'impunité est garantie.
Faouzi Mahjoub
samedi 25 avril 2009
Mohamed Abdel Halim, le fils d'Omdurman
Il est de tradition chez les apprentis nécrologues, quand un homme public disparaît, il devient plus grand et plus important qu'il ne l'avait été de son vivant. Souvent, on fait assaut de superlatifs pour le glorifier avant de le statufier. Le décès, le 16 avril à Khartoum, du Dr Abel Halim Mohamed a fait verser des larmes de crocodile à sa Majesté Hayatou VI, l'inamovible président de la Confédération africaine de football (CAF) lequel a rendu, comme il se doit, un "vibrant hommage" au disparu qu'il a décrit comme "un grand sportif ayant consacré tous ses efforts à la promotion du jeu et du sport en général en Afrique et dans le monde entier".
Le Dr Abdel Halim - que la terre lui soit légère - a manqué de boucler un siècle de vie : il avait vu le jour le 10 avril 1910 à Omdorman. Dipômé en médecine de la Kitchener School de Londres (1933) puis docteur ès-sciences en 1955, il est en 1948 membre du Royal College of Physicians en 1948, il dirigea l'hôpital d'Omdurman puis celui celui de Khartoum. Dès 1940, il enseigna à l'Université de Khartoum dont il présidera le Conseil. Une véritable sommité médicale dans son pays qui, rappelons-le, accédaà l'indépendance le 1er janvier 1956. Faut-il ajouter que le Dr Abdel Halim collectionna, de son vivant, les décorations et qu'il est parvenu à "survivre" politiquement à tous les régimes (civils et militaires) que le Soudan a connu depuis plus de cinquante ans.
Le "Physician" Abdel Halim, outre ses palmes académiques, se fera un nom dans le sport. Footballeur de niveau modeste, il va briller comme dirigeant. Jugez en : membre fondateur de la fédération soudanaise de Football, du Comité olympique soudanais, du club des Courses de Khartoum, de la
Scout and Girl GuidevAssociation, du Khartoum Basket ball club, du Sudan Jockey Club.
Il dirigea le footbal de son pays à plusieurs reprises (1953-1959, 1965-1973, 1977-1979) avant d'être nommé président honoraire de la Sudan Football Association (SFA). Il sera aussi président du Comité olympique soudanais de 1957 à 1959 puis de 1967 à 1975. Une carte de visite bien meublée, au plan national.
Mais l'ambition du Dr Abdel Halim ne s'arrêta pas aux frontières du Soudan. Le 21 juin 1954, à Berne, il représente la SFA au Congrès de la FIFA. On y débat de la représentation de l'Afrique et de l'Asie au Comité exécutif de l'instance mondiale. Par 23 voix contre 17, en dépit de l'opposition du Comité exécutif, le Congrès reconnaît que "l'Afrique possède une prganisation suffisante pour désigner son représentant au Comité exécutif". Le Dr Adel Halim intervient et affirme "qu'il n'est pas possible de former en Afrique une organisation continentale en tant que telle." Il n'accepte pas que " le Congrès soit habilité pour décider du moment où l'Afrique sera à même de désigner son membre au Comité executif." Raison selon lui, de la non constitution d'une confédération africaine. Il appuie, en fin de compte, la candidature de l'Egyptien Abdallah Abdelaziz Salem qui devient membre du gouvernement de la FIFA. Le Congrès recommande aux associations africaines affiliées à la FIFA de se préoccuper d'urgence de la création d'une organisation continentale qui aura pour mission de désigner son représentant au sein du Comité exécutif.
L'Union égyptienne de footall (UEF) et son président A.A.Salem prennent l'affaire en main. Ils rédigent un projet de statuts portant sur la création d'une "Confédération africaine de football" et le soumettent, dès le mois d'octobre à la FIFA. En dépit de sa disponibilité, le Dr Abdel Halim est court--circuité par le lobby égyptien. Il le sera à maintes reprises durant sa carrière.
Les 7 et 8 juin 1956, soit deux jours avant l'ouverture du XXXè Congrès de la FIFA, à Lisbonne, les délégués de l'Egypte, de l'Afrique du Sud et du Soudan (dont le Dr Abdel Halim) se réunissent à l'hôtel Avenida et mettent au point un double projet :
* Créer une Confédération africaine de football,
* Lancer en 1957, une compétition africaine réservée aux sélections nationales.
Le Dr Abdel Halim propose que son pays, indépendant depuis le 1er janvier, accueille la 1ère édition de l'épreuve. Il annonce à l'appui de sa démarche que les autorités soudanaises sont en train d'édifier un stade moderne à Khartoum. Son offre est acceptée. A.A. Salem entend mettre en jeu un trophée et demande que la compétition porte son nom. Le Dr Abdel Halim s'y oppose. La compétition s'appelera " Coupe d'Afrique". Elle sera dotée d'un trophée qu'offrira A.A. Salem, mais qui sera la propriété de la nouvelle Confédération.
Outre le lobby égyptien, le Dr Abdel Halim doit compter, dès février 1957, avec les ambitions de l'Ethiopien Ydenaktchewu Tessema qui sera, de fait, le vrai bâtisseur de la CAF. Omniprésent à Khartoum, Tessema déploie une indicible énergie pour participer à la rédaction des premiers règlements de la Coupe d'Afrique et aux travaux de la première assemblée générale de la CAF. Abdel Halim et Tessema s'allient pour contrecarrer l'hégémonie égyptienne mais ils ne peuvent pas empêcher l'élection à la présidence d'A.A. Salem qui installe, comme le stipulent les status de la CAF, le siège au Caire. En juin 1958, le général Abdelaziz Mostafa succède à A.A. Salem et le Dr Abdel Halim intègre le Comité exécutif de la FIFA. Un poste qu'il occupera de 1958 à 1962 puis de 1972 à 1980. Il sera coopté au sein du Comité olympique international (CIO) et y siègera de 1968 à 1982.
Le 10 janvier 1968, la VIIIè assemblée générale de la CAF se tient à Addis Abeba. Désavoué par les congressites, Abdelaziz Mosatfa perd la présidence que récupère ...le Dr Abdel Halim. C'est enfin la consécration pour le Soudanais.
Celui-ci affronte dès février 1970, une fronde menée par vingt associations nationales. Tessema rejoint les contestataires qui élaborent de nouveaux statuts et les proposent à l'assemblée générale qui se réunit le 22 février 1972 à Yaoundé. Ils sont adoptés et l'assemblée élit à la présidence de la CAF ...Tessema. Le Dr Abdel Halim ainsi désavoué, se contente désormais de remplir ses obligations à la FIFA. Il le fera sans vague, soucieux avant tout de préserver les privilèges du poste. De congrès en congrès, et d'assemblée en assemblée, il promène sa silhouette dégingandée et son regard coquin. Il laisse faire Tessema et le soutient dans toutes ses actions. Il se plie à l'autorité de Stanley Rous puis à celle de Joao Havelange.
La disparition de Tessema en août 1987 lui permet de sortir de l'ombre. Il assure l'intérim du défunt et annonce sa candidature à sa succession. Son programme électoral se résume à la liste exauhtive de ses médailles et des postes qu'il a occupés de 1938 à ...1988. Et curieusement, ses supporteurs distribuent une plaquette électorale où il apparaît serrant la main au ...pape Jean-Paul II. Le 8 mars 1988, à Casablanca, c'est un échec cuisant pour le Soudanais qui est nettement devancé par ses rivaux Folly Ekué et Issa Hayatou. Un Waterloo dont il ne se remet pas. Il devient à vie président d'honneur de la CAF. Certes, il ne ratera aucune réunion , ni ne refusera aucune invitation, mais ne sera que poliment écouté sans plus. Cloué sur une chaise roulante, il assistera en septembre 1999 à l'inauguration du nouveau siège de la CAF, au Caire. Ce sera pratiquement sa dernière apparition publique. Le 7 février 2007, il est absent aux cérémonies commémoratives du 50è anniversaire de la CAF organisées à Khartoum.
Le Dr Abdel Halim Mohamed était un bon vivant. Sensible à la bonne chair, la sensualité à fleur de peau, la langue châtiée et l'esprit d'une étonnante vivacité. L'homme était d'une compagnie agréable. Le dirigeant d'un conservatisme bien décevant.
Le Dr Abdel Halim - que la terre lui soit légère - a manqué de boucler un siècle de vie : il avait vu le jour le 10 avril 1910 à Omdorman. Dipômé en médecine de la Kitchener School de Londres (1933) puis docteur ès-sciences en 1955, il est en 1948 membre du Royal College of Physicians en 1948, il dirigea l'hôpital d'Omdurman puis celui celui de Khartoum. Dès 1940, il enseigna à l'Université de Khartoum dont il présidera le Conseil. Une véritable sommité médicale dans son pays qui, rappelons-le, accédaà l'indépendance le 1er janvier 1956. Faut-il ajouter que le Dr Abdel Halim collectionna, de son vivant, les décorations et qu'il est parvenu à "survivre" politiquement à tous les régimes (civils et militaires) que le Soudan a connu depuis plus de cinquante ans.
Le "Physician" Abdel Halim, outre ses palmes académiques, se fera un nom dans le sport. Footballeur de niveau modeste, il va briller comme dirigeant. Jugez en : membre fondateur de la fédération soudanaise de Football, du Comité olympique soudanais, du club des Courses de Khartoum, de la
Scout and Girl GuidevAssociation, du Khartoum Basket ball club, du Sudan Jockey Club.
Il dirigea le footbal de son pays à plusieurs reprises (1953-1959, 1965-1973, 1977-1979) avant d'être nommé président honoraire de la Sudan Football Association (SFA). Il sera aussi président du Comité olympique soudanais de 1957 à 1959 puis de 1967 à 1975. Une carte de visite bien meublée, au plan national.
Mais l'ambition du Dr Abdel Halim ne s'arrêta pas aux frontières du Soudan. Le 21 juin 1954, à Berne, il représente la SFA au Congrès de la FIFA. On y débat de la représentation de l'Afrique et de l'Asie au Comité exécutif de l'instance mondiale. Par 23 voix contre 17, en dépit de l'opposition du Comité exécutif, le Congrès reconnaît que "l'Afrique possède une prganisation suffisante pour désigner son représentant au Comité exécutif". Le Dr Adel Halim intervient et affirme "qu'il n'est pas possible de former en Afrique une organisation continentale en tant que telle." Il n'accepte pas que " le Congrès soit habilité pour décider du moment où l'Afrique sera à même de désigner son membre au Comité executif." Raison selon lui, de la non constitution d'une confédération africaine. Il appuie, en fin de compte, la candidature de l'Egyptien Abdallah Abdelaziz Salem qui devient membre du gouvernement de la FIFA. Le Congrès recommande aux associations africaines affiliées à la FIFA de se préoccuper d'urgence de la création d'une organisation continentale qui aura pour mission de désigner son représentant au sein du Comité exécutif.
L'Union égyptienne de footall (UEF) et son président A.A.Salem prennent l'affaire en main. Ils rédigent un projet de statuts portant sur la création d'une "Confédération africaine de football" et le soumettent, dès le mois d'octobre à la FIFA. En dépit de sa disponibilité, le Dr Abdel Halim est court--circuité par le lobby égyptien. Il le sera à maintes reprises durant sa carrière.
Les 7 et 8 juin 1956, soit deux jours avant l'ouverture du XXXè Congrès de la FIFA, à Lisbonne, les délégués de l'Egypte, de l'Afrique du Sud et du Soudan (dont le Dr Abdel Halim) se réunissent à l'hôtel Avenida et mettent au point un double projet :
* Créer une Confédération africaine de football,
* Lancer en 1957, une compétition africaine réservée aux sélections nationales.
Le Dr Abdel Halim propose que son pays, indépendant depuis le 1er janvier, accueille la 1ère édition de l'épreuve. Il annonce à l'appui de sa démarche que les autorités soudanaises sont en train d'édifier un stade moderne à Khartoum. Son offre est acceptée. A.A. Salem entend mettre en jeu un trophée et demande que la compétition porte son nom. Le Dr Abdel Halim s'y oppose. La compétition s'appelera " Coupe d'Afrique". Elle sera dotée d'un trophée qu'offrira A.A. Salem, mais qui sera la propriété de la nouvelle Confédération.
Outre le lobby égyptien, le Dr Abdel Halim doit compter, dès février 1957, avec les ambitions de l'Ethiopien Ydenaktchewu Tessema qui sera, de fait, le vrai bâtisseur de la CAF. Omniprésent à Khartoum, Tessema déploie une indicible énergie pour participer à la rédaction des premiers règlements de la Coupe d'Afrique et aux travaux de la première assemblée générale de la CAF. Abdel Halim et Tessema s'allient pour contrecarrer l'hégémonie égyptienne mais ils ne peuvent pas empêcher l'élection à la présidence d'A.A. Salem qui installe, comme le stipulent les status de la CAF, le siège au Caire. En juin 1958, le général Abdelaziz Mostafa succède à A.A. Salem et le Dr Abdel Halim intègre le Comité exécutif de la FIFA. Un poste qu'il occupera de 1958 à 1962 puis de 1972 à 1980. Il sera coopté au sein du Comité olympique international (CIO) et y siègera de 1968 à 1982.
Le 10 janvier 1968, la VIIIè assemblée générale de la CAF se tient à Addis Abeba. Désavoué par les congressites, Abdelaziz Mosatfa perd la présidence que récupère ...le Dr Abdel Halim. C'est enfin la consécration pour le Soudanais.
Celui-ci affronte dès février 1970, une fronde menée par vingt associations nationales. Tessema rejoint les contestataires qui élaborent de nouveaux statuts et les proposent à l'assemblée générale qui se réunit le 22 février 1972 à Yaoundé. Ils sont adoptés et l'assemblée élit à la présidence de la CAF ...Tessema. Le Dr Abdel Halim ainsi désavoué, se contente désormais de remplir ses obligations à la FIFA. Il le fera sans vague, soucieux avant tout de préserver les privilèges du poste. De congrès en congrès, et d'assemblée en assemblée, il promène sa silhouette dégingandée et son regard coquin. Il laisse faire Tessema et le soutient dans toutes ses actions. Il se plie à l'autorité de Stanley Rous puis à celle de Joao Havelange.
La disparition de Tessema en août 1987 lui permet de sortir de l'ombre. Il assure l'intérim du défunt et annonce sa candidature à sa succession. Son programme électoral se résume à la liste exauhtive de ses médailles et des postes qu'il a occupés de 1938 à ...1988. Et curieusement, ses supporteurs distribuent une plaquette électorale où il apparaît serrant la main au ...pape Jean-Paul II. Le 8 mars 1988, à Casablanca, c'est un échec cuisant pour le Soudanais qui est nettement devancé par ses rivaux Folly Ekué et Issa Hayatou. Un Waterloo dont il ne se remet pas. Il devient à vie président d'honneur de la CAF. Certes, il ne ratera aucune réunion , ni ne refusera aucune invitation, mais ne sera que poliment écouté sans plus. Cloué sur une chaise roulante, il assistera en septembre 1999 à l'inauguration du nouveau siège de la CAF, au Caire. Ce sera pratiquement sa dernière apparition publique. Le 7 février 2007, il est absent aux cérémonies commémoratives du 50è anniversaire de la CAF organisées à Khartoum.
Le Dr Abdel Halim Mohamed était un bon vivant. Sensible à la bonne chair, la sensualité à fleur de peau, la langue châtiée et l'esprit d'une étonnante vivacité. L'homme était d'une compagnie agréable. Le dirigeant d'un conservatisme bien décevant.
jeudi 16 avril 2009
Un "sommet" ordinaire
Les passions sportives ne sont pas d'anodines émotions collectives mais bel et bien l'expression d'une pathologie sociale endémique. Pour s'en convaincre, un détour s'impose par le stade du 7-novembre à Radès , Tunisie. Le 15 avril, l'enceinte accueillait un "match à haut risque" opposant l'Espérance sportive deTunis (EST) à l'Etoile sportive du Sahel (ESS) pour le compte des quarts de finale de la Coupe de Tunisie. Deux grands clubs locaux qu'oppose depuis un demi-siècle une rivalité sportive exacerbée. "Passionnés", "mordus", "fanas", "accros" des deux camps s'étaient mobilisés pour le nième duel au sommet. Une prétendue "fête" du ballon qui a nécessité une lourde présence des forces de l'ordre et un quadrillage policier impressionnant de l'espace sportif. On était en effet loin du scénario idyllique du "fair-play", du "respect de l'adversaire"et de "l'effervescence ludique" tant inventés par les idéologues de la "paix des stades".
Certes, il n' y a pas eu d'affrontement physique ou de rixe entre supporteurs mais quel déluge de violence verbale, de vociférations partisanes, d'insultes sexistes. "A propos de rivalité, commenta un quotidien local, les deux galeries (de supporteurs) ne se sont guère épargnées en se traitant de tous les maux. A la limite, c'était excessif (sic) mais prévisible (re-sic)." Et d'ajouter : "Avant le coup d'envoi de la rencontre, la provocation et les hostilités commencèrent..." Un "climat viril" et des "émotions débridées", somme toute, le tout pimenté par le régionalisme identitaire.
Sur la pelouse, les vingt-deux acteurs se livrèrent une bataille musclée d'où était banni le JEU. L'arbitre hollandais Eric Brahamhaar n'eut pas l'occasion de ranger son sifflet. Il siffla pratiquement une irrégularité sur chaque "action" tant les joueurs des deux camps se "défonçaient" dans la course à la faute: coups francs à profusion, actes d'anti-jeu répétés, simulations, tirages de maillot, provocations y compris de la part des deux bancs techniques. Une parodie de foot dont les maîtres d'oeuvre sont le Tunisien Faouzi Benzerti (EST) et le Français d'origine germanique Gernot Rohr(ESS). Deux "techniciens" tristes, sans charisme. Deux champions de la langue de bois abonnés au faux réalisme.
Un but de raccroc, consécutif à un coup de pied arrêté, obtenu de la tête par Wajdi Bouazzi, à la45ème minute, donna la victoire à l'Espérance. Une réussite adverse qui déclencha l'ire des supporteurs étoilés. Et ceux-ci ne se privèrent pas de lancer des projectiles divers (bouteilles vides, sièges arrachés, éviers!) sur le terrain...
Une belle "fête" "électrique et spectaculaire" (selon les mots du quotidien Le Temps). On a la "culture foot" que l'on mérite.
Certes, il n' y a pas eu d'affrontement physique ou de rixe entre supporteurs mais quel déluge de violence verbale, de vociférations partisanes, d'insultes sexistes. "A propos de rivalité, commenta un quotidien local, les deux galeries (de supporteurs) ne se sont guère épargnées en se traitant de tous les maux. A la limite, c'était excessif (sic) mais prévisible (re-sic)." Et d'ajouter : "Avant le coup d'envoi de la rencontre, la provocation et les hostilités commencèrent..." Un "climat viril" et des "émotions débridées", somme toute, le tout pimenté par le régionalisme identitaire.
Sur la pelouse, les vingt-deux acteurs se livrèrent une bataille musclée d'où était banni le JEU. L'arbitre hollandais Eric Brahamhaar n'eut pas l'occasion de ranger son sifflet. Il siffla pratiquement une irrégularité sur chaque "action" tant les joueurs des deux camps se "défonçaient" dans la course à la faute: coups francs à profusion, actes d'anti-jeu répétés, simulations, tirages de maillot, provocations y compris de la part des deux bancs techniques. Une parodie de foot dont les maîtres d'oeuvre sont le Tunisien Faouzi Benzerti (EST) et le Français d'origine germanique Gernot Rohr(ESS). Deux "techniciens" tristes, sans charisme. Deux champions de la langue de bois abonnés au faux réalisme.
Un but de raccroc, consécutif à un coup de pied arrêté, obtenu de la tête par Wajdi Bouazzi, à la45ème minute, donna la victoire à l'Espérance. Une réussite adverse qui déclencha l'ire des supporteurs étoilés. Et ceux-ci ne se privèrent pas de lancer des projectiles divers (bouteilles vides, sièges arrachés, éviers!) sur le terrain...
Une belle "fête" "électrique et spectaculaire" (selon les mots du quotidien Le Temps). On a la "culture foot" que l'on mérite.
vendredi 3 avril 2009
"On ment pas, on triche pas, on vole pas"
Samedi 28 mars, le championnat d'Afrique des moins de 17 ans bat son plein en Algérie. La commission des Compétitions des Jeunes de la CAF se réunit sous la présidence du Tunisien Slim Aloulou (seul membre non élu du Comité exécutif de la CAF). Elle examine des réserves déposées par l'équipe du Zimbabwe contestant la qualification du joueur nigérien Boubacar Talatou. Celui-ci a fourni un document d'identité où l'année indiquée de sa naissance est 1992. Or les documents présentés à la CAF, lors de l'instruction des réserves, indiquent que Talalou est né en ...1987. La fraude est établie et l'équipe du Niger est disqualifiée. Elle est remplacée en demi-finale par celle du Malawi. Cette sanction constitue une première pour un tournoi final de jeunes. Mais ce n'est pas la première fois qu'une affaire de tricherie entache un championnat d'Afrique des jeunes.
On se souvient qu'en janvier 2003, à l'occasion des préliminaires du Championnat d'Afrique des moins de 17 ans, le Kénya avait réussi l'exploit d'éliminer les Black Starlets du Ghana. Les officiels ghanéens ayant émis des réserves sur l'âge réel des joueurs kényans, le ministre kényan des Sports, Najib Balala, prononça après enquête, la dissolution de la sélection des moins de 17 ans dont deux des membres lui ont confessé qu'ils ont plus de vingt ans et ils ne seraient les seuls d'après Bob Munro, le président du club Mathare United (club récompensé en 2001 par La CAF pour sa politique de formation des jeunes!!!).
Le 31 mars 2003, l'instance dirigeante du football africain exclut pour deux ans, le Kenya de toutes les compétitions de jeunes et suspendit pour trois ans Hussein Swaleh, secrétaire général de la Fédération kényane pour falsification de documents.
Auparavant, le 6 février de la même année, à Lagos, le ministre des Sports nigérian déclarait : "Nous avons et depuis longtemps aligné dans les compétitions de jeunes, des joueurs dont l'âge réel dépassait celui-ci fixé par les règlements. Ces pratiques n'ont pas aidé notre football et nous devons les combattre." On se souvient que le Nigeria avait remporté le Championnat du monde de la FIFA pour les moins de 17 Ans en 1985 et 1993 et a été finaliste en 1987 et 2001. Et qu'il atteint la finale du Championnat du monde pour les moins de 20 ans en 1989 et 2007. On n'oublie pas aussi qu'en 1989, la FIFA avait suspendu le Nigeria pour deux ans de toutes les compétitions de jeunes suite à une tricherie sur l'âge des joueurs Siasia Samson, Uwe Andrew et Sadi Dahiru.
Commentant l'aveu de son ministre, Kashimawo Laloko, ancien directeur technique de la Nigeria Football Association (NFA), affirma que " les contre-performances des Super Eagles lors du Mondial 2002 s'expliquent par l'âge avancé des vedettes de la sélection qui ne correspond à leur âge "officiel". "Certains, ajouta-t-il, flirtent même avec la quarantaine!"
Toujours en 2003, le 28 mars, à Accra, le ministre ghanéen de la Jeunesse et des Sports, Edward Osei-Kwaku est interpellé au Parlement sur la médiocre performance (élimination dès le premier tour) des Black Satellites lors du Championnat d'Afrique pour les moins de 20 ans disputé au Burkina Faso. " La contre-performance, répondit-il, découle de la décision de la Ghana Fooitball Association (Gafa), de ne recourir, désormais, qu'aux services de joueurs dont l'êge réel correspond aux conditions d'éligibilité fixées par la CAF et la FIFA. Dorénavant, nous privilégions les valeurs du sport, à savoir l'honnêteté, le fair play et le respect des lois et des règlements." Il était temps! Et le ministre d'ajouter : " La Gafa avait pris l'habitude de sélectionner des jeunes dans les clubs des divisions inférieures puis d'assurer pendant cinq ans leur préparation. Malheureusement, ces derniers temps, suite au conflit opposant la Gafa au club Tudu Mighty Jets, il n' y a eu de compétition pour ces divisions. On a alors fait dans lacomplaisance et sélectionné beaucoup de joueurs peu talentueux qu'on a dû ensuite renvoyer." Trois jours après ces déclarations, la Gafa était récompensée par la CAF pour sa "politique de formation des jeunes(sic)
Rappelons que le Ghana a remporté en 1991 et 1995 le championnat du monde des moins de 17 ans dont il a été finaliste en 1993 et 1997. Il a été aussi finaliste du Championnat du monde pour les moins de 20 ans en 1993 et 2001.
Ainsi donc, par les voix de leurs ministres des Sports, les deux africains les plus titrés dans les compétitions mondiales reconnaissent qu'il y avait eu des pratiques de tricherie sur l'âge de leurs joueurs. Et il semble qu'ils ont fait école : de nombreux observateurs n'hésitent à mettre en doute l'âge "officiel" des jeunes Gambiens, champions d'Afrique des moins de 17 ans en 2005 et récemment le 2 avril 2009, à Alger.
Face à ce fléau, les instances dirigeantes bottent en touche : " Que voulez-vous faire, répondent-elles, lorsque les fédérations présentent des passeports officiels en règle?" Cet échappatoire tord le cou à l'éthique du sport. Et ceux qui ont le front de "moraliser" et de sanctionner lorsque la tricherie est confirmée par des faits probants, se bousculent pour distribuer des trophées aux vainqueurs de compétitions dont les acteurs conscients, ou à l'insu de leur propre gré, ont triché sur leur âge pour gagner.
N'y-a-il pas une hypocrisie à s'élever, avec une indignation affectée contre les falsifications d'âge tout en continuant à organiser des compétitions qui les répandent? On ne sanctionnant que les effets, ne préserve-t-on pas les causes? Si l'on veut éradiquer la tricherie, il n'y a pas moult solutions : ou bien on supprime les compétitions avec catégorie d'âge, ou, à défaut et dans le souci de les "réguler", on exige comme condition d'engagement dans les compétitions internationales, l'organisation pour chaque association nationale de compétitions régulières de jeunes. Comment, en effet, une association nationale qui n'organise sur son territoire ni des championnats pour les moins de 17 et de 20 ans, ni de compétitions scolaires, peut respecter les règlements édictés par la CAF et la FIFA?
Dans le cadre du programme GOAL, la FIFA est en train de fournir aux fédérations nationales une assistance informatique de haute gamme et ce dans le but de gérer les licences des joueurs. Une fois le système installé et les données enregistrées, il sera possible de suivre l'itinéraire de chaque licencié tout au long de sa carrière. Les falsifications d'âge seront plus facilement détectables par la FIFA. L'informatique permettra sans doute de limiter la tricherie mais il n'est pas certain qu'elle l'éliminera totalement.
Dans les années 1993-2001, du temps où Jean-Marc Guillou dirigeait et animait à Abidjan l'Académie Mimosifcom, était fixé au mur du réfectoire,à Sol Béni, cette formule : " On ment pas, on triche pas, on vole pas"! A méditer par tous les décideurs du football.
Faouzi Mahjoub
On se souvient qu'en janvier 2003, à l'occasion des préliminaires du Championnat d'Afrique des moins de 17 ans, le Kénya avait réussi l'exploit d'éliminer les Black Starlets du Ghana. Les officiels ghanéens ayant émis des réserves sur l'âge réel des joueurs kényans, le ministre kényan des Sports, Najib Balala, prononça après enquête, la dissolution de la sélection des moins de 17 ans dont deux des membres lui ont confessé qu'ils ont plus de vingt ans et ils ne seraient les seuls d'après Bob Munro, le président du club Mathare United (club récompensé en 2001 par La CAF pour sa politique de formation des jeunes!!!).
Le 31 mars 2003, l'instance dirigeante du football africain exclut pour deux ans, le Kenya de toutes les compétitions de jeunes et suspendit pour trois ans Hussein Swaleh, secrétaire général de la Fédération kényane pour falsification de documents.
Auparavant, le 6 février de la même année, à Lagos, le ministre des Sports nigérian déclarait : "Nous avons et depuis longtemps aligné dans les compétitions de jeunes, des joueurs dont l'âge réel dépassait celui-ci fixé par les règlements. Ces pratiques n'ont pas aidé notre football et nous devons les combattre." On se souvient que le Nigeria avait remporté le Championnat du monde de la FIFA pour les moins de 17 Ans en 1985 et 1993 et a été finaliste en 1987 et 2001. Et qu'il atteint la finale du Championnat du monde pour les moins de 20 ans en 1989 et 2007. On n'oublie pas aussi qu'en 1989, la FIFA avait suspendu le Nigeria pour deux ans de toutes les compétitions de jeunes suite à une tricherie sur l'âge des joueurs Siasia Samson, Uwe Andrew et Sadi Dahiru.
Commentant l'aveu de son ministre, Kashimawo Laloko, ancien directeur technique de la Nigeria Football Association (NFA), affirma que " les contre-performances des Super Eagles lors du Mondial 2002 s'expliquent par l'âge avancé des vedettes de la sélection qui ne correspond à leur âge "officiel". "Certains, ajouta-t-il, flirtent même avec la quarantaine!"
Toujours en 2003, le 28 mars, à Accra, le ministre ghanéen de la Jeunesse et des Sports, Edward Osei-Kwaku est interpellé au Parlement sur la médiocre performance (élimination dès le premier tour) des Black Satellites lors du Championnat d'Afrique pour les moins de 20 ans disputé au Burkina Faso. " La contre-performance, répondit-il, découle de la décision de la Ghana Fooitball Association (Gafa), de ne recourir, désormais, qu'aux services de joueurs dont l'êge réel correspond aux conditions d'éligibilité fixées par la CAF et la FIFA. Dorénavant, nous privilégions les valeurs du sport, à savoir l'honnêteté, le fair play et le respect des lois et des règlements." Il était temps! Et le ministre d'ajouter : " La Gafa avait pris l'habitude de sélectionner des jeunes dans les clubs des divisions inférieures puis d'assurer pendant cinq ans leur préparation. Malheureusement, ces derniers temps, suite au conflit opposant la Gafa au club Tudu Mighty Jets, il n' y a eu de compétition pour ces divisions. On a alors fait dans lacomplaisance et sélectionné beaucoup de joueurs peu talentueux qu'on a dû ensuite renvoyer." Trois jours après ces déclarations, la Gafa était récompensée par la CAF pour sa "politique de formation des jeunes(sic)
Rappelons que le Ghana a remporté en 1991 et 1995 le championnat du monde des moins de 17 ans dont il a été finaliste en 1993 et 1997. Il a été aussi finaliste du Championnat du monde pour les moins de 20 ans en 1993 et 2001.
Ainsi donc, par les voix de leurs ministres des Sports, les deux africains les plus titrés dans les compétitions mondiales reconnaissent qu'il y avait eu des pratiques de tricherie sur l'âge de leurs joueurs. Et il semble qu'ils ont fait école : de nombreux observateurs n'hésitent à mettre en doute l'âge "officiel" des jeunes Gambiens, champions d'Afrique des moins de 17 ans en 2005 et récemment le 2 avril 2009, à Alger.
Face à ce fléau, les instances dirigeantes bottent en touche : " Que voulez-vous faire, répondent-elles, lorsque les fédérations présentent des passeports officiels en règle?" Cet échappatoire tord le cou à l'éthique du sport. Et ceux qui ont le front de "moraliser" et de sanctionner lorsque la tricherie est confirmée par des faits probants, se bousculent pour distribuer des trophées aux vainqueurs de compétitions dont les acteurs conscients, ou à l'insu de leur propre gré, ont triché sur leur âge pour gagner.
N'y-a-il pas une hypocrisie à s'élever, avec une indignation affectée contre les falsifications d'âge tout en continuant à organiser des compétitions qui les répandent? On ne sanctionnant que les effets, ne préserve-t-on pas les causes? Si l'on veut éradiquer la tricherie, il n'y a pas moult solutions : ou bien on supprime les compétitions avec catégorie d'âge, ou, à défaut et dans le souci de les "réguler", on exige comme condition d'engagement dans les compétitions internationales, l'organisation pour chaque association nationale de compétitions régulières de jeunes. Comment, en effet, une association nationale qui n'organise sur son territoire ni des championnats pour les moins de 17 et de 20 ans, ni de compétitions scolaires, peut respecter les règlements édictés par la CAF et la FIFA?
Dans le cadre du programme GOAL, la FIFA est en train de fournir aux fédérations nationales une assistance informatique de haute gamme et ce dans le but de gérer les licences des joueurs. Une fois le système installé et les données enregistrées, il sera possible de suivre l'itinéraire de chaque licencié tout au long de sa carrière. Les falsifications d'âge seront plus facilement détectables par la FIFA. L'informatique permettra sans doute de limiter la tricherie mais il n'est pas certain qu'elle l'éliminera totalement.
Dans les années 1993-2001, du temps où Jean-Marc Guillou dirigeait et animait à Abidjan l'Académie Mimosifcom, était fixé au mur du réfectoire,à Sol Béni, cette formule : " On ment pas, on triche pas, on vole pas"! A méditer par tous les décideurs du football.
Faouzi Mahjoub
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